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BASES DE LA PSYCHOLOGIE ADLERIENNE (Psychologie Individuelle et Comparée d’Alfred Adler) Résumé par Lionel NADAUD Formation de la personnalité : La situation du nourrisson et de l’enfant | Sentiment d’infériorité, compensation, sentiment de communauté | Interactions Sentiment d’infériorité-Sens de la communauté; Protestation virile |Schéma synoptique de la formation de la personnalité Psychopédagogie adlérienne | Psychothérapie adlérienne des névroses | Autres lectures possibles d’Alfred Adler La situation du nourrisson et de l’enfant, l’adaptation A sa naissance le nourrisson est dans un état d’infériorité très important : il ne peut ni se déplacer, ni s’habiller, ni se nourrir seul : Il est tout petit devant ces géants tout puissants que sont ses parents et les adultes... Il a à sa disposition son hérédité organique qui est unique, avec ses qualités et ses défauts, voire ses handicaps. Son développement organique est programmé génétiquement tout en pouvant, dans une certaine mesure, être modifié par l’environnement (troubles de la grossesse, nanisme de frustration...). Il est dans une situation qui lui est propre, celle-ci peut lui être favorable mais aussi être source de diverses conditions infériorisantes : position sociale ou (et) économique défavorisées, minorités ethniques, religieuses... enfant délaissé, enfant gâté, enfant gâté matériellement et délaissé affectivement... dans notre société machiste le fils est très souvent préféré à sa soeur qui peut se sentir inférieure...etc... L’élan vital, la force dynamique de vie, va pousser l’enfant, avec ses aptitudes et ses défauts héréditaires, à s’adapter à son environnement en fonction de la vision qu’il se fait de lui-même et du monde, de son aperception tendancieuse. Il la ressent même s’il est incapable de la verbaliser. Pour cela, grâce à son pouvoir créateur, il va "auto-programmer" (l’expression est du Dr. Herbert Schaffer) son comportement, bâtir son style de vie, son plan de vie, avec son but final d’adaptation, de perfection, de sécurité... Ce dernier peut souvent se résumer par des formules assez simples: être le premier, être le dernier, passer inaperçu, se faire servir, se faire remarquer... Le "programme" est établi vers la fin de la petite enfance. Le style de vie au service du but final spécifique sera alors suivi de façon incomprise, inconsciente, même s’il a des conséquences préjudiciables au sujet; sauf intervention d’une action psychopédagogique ou d’une psychothérapie. Le devenir de l’individu va dépendre de cette "programmatio" dont il est l’auteur. Ainsi, alors que les sciences physiques se placent dans un système strictement causal déterministe, A. Adler montre qu’en psychologie c’est le but poursuivi qui est la cause du comportement, ce dernier est régi par une finalité causale. A. Adler appuie également sa Psychologie Individuelle et Comparée sur la "Philosophie du comme si" de Vaihinger. En fonction de sa vision du monde, de son aperception tendancieuse, l’être humain sain se sert de fictions, d’hypothèses pour prévoir son avenir, bâtir, réaliser ses projets, s’adapter aux circonstances, à son environnement, le névrosé et surtout le psychotique oublient la réalité pour "vivre" leurs fictions. L’idéal pour surmonter toutes les difficultés, pour que tous les besoins soient satisfaits serait d’être comme un Dieu, d’être supérieur à tous, de dominer ; mais cette fiction directrice ce but de supériorité, qui s’exprime en volonté de puissance n’est pas réalisable, ne peut s’exprimer ouvertement sans risquer de rompre les relations avec les autres ou de les rendre difficiles. Elle doit se dissimuler voire se modifier de façon à rester acceptable et pour cela respecter les autres, voire s’unir avec eux pour surmonter les difficultés, c’est la contre-fiction, expression partielle du sentiment de communauté. La santé mentale est caractérisée par un bilan positif entre ces deux fictions en faveur de la contre-fiction, du sens utile de la vie. Ainsi, pour Alfred Adler, les traits de caractère ne sont pas innés mais acquis. L’enfant ne naît ni bon , ni mauvais, il devient ce qu’il se fait, il peut en grande partie être éduqué pour choisir l’une de ces deux voies... C’est certainement une des plus grande découvertes du siècle car elle ouvre des perspectives optimistes pour le devenir de l’humanité. La Psychologie Individuelle et Comparée est un humanisme, elle se place dans une perspective évolutionniste. Si l’hominisation qui a mené aux êtres humains a été essentiellement biologique, l’humanisation qui est "récente" (quelques millions d’années) puisqu’elle a débuté avec lui, est culturelle. Chaque génération peut faire faire un pas, aussi minime soit-il, dans le sens d’une évolution utile, celui de la vie... ou dans celui de l’involution, celui de la catastrophe... Sentiment d’infériorité, compensation, sentiment de communauté La formation de la personnalité s’appuie sur les trois piliers que sont : le sentiment d’infériorité, la compensation et le sentiment de communauté auxquels il faut ajouter le pouvoir créateur. Le sentiment d’infériorité - L’état d’infériorité, réel ou imaginaire est ressenti dans le psychisme et donne naissance à un sentiment d’infériorité. Ce sentiment n’est pas pathologique. Chacun de nous a pu en prendre conscience devant une tâche à remplir, une démarche délicate à effectuer, un examen, un besoin à satisfaire. Il constitue l’aiguillon qui nous pousse à avancer... La compensation - Le physiologiste Claude Bernard (1813-1878) avait montré comment l’organisme peut compenser une infériorité organique, c’est la fonction vicariante : par exemple après l’ablation d’un rein le second se développe et fait le travail des deux. En 1907 dans "La compensation psychique de l’infériorité des organes" Alfred Adler étend cette notion au psychisme : face à une infériorité organique le sujet peut focaliser son attention sur le problème et sur la façon de le surmonter. Dans certains cas des résultats extraordinaires sont observés, Démosthène est bègue, Degas devient aveugle jeune, Mozart a un pavillon d’oreille atrophié, Jigoro Kano le fondateur du judo est petit et malingre...Il s’agit alors de surcompensation réussie. A partir de 1911, A. Adler étend le processus de compensation à tous les états d’infériorité quelle que soit leur nature. Dès les premiers moments le nourrisson va chercher à compenser son infériorité : - Par ses colères , il attire l’attention de l’entourage et le soumet ainsi à ses caprices - Par ses pleurs, il l’apitoie, et le met à son service - Par ses sourires, ses mimiques, ses mouvements de pédalage, il manifeste, déjà, sa collaboration , répond à l’affection des siens, les remercie de ce qu’ils font pour lui. Le sentiment de communauté, il est appelé aussi sens de la communauté, sens social, sentiment social. C’est une faculté biologiquement enracinée dans la psyché mais à l’état potentiel, embryonnaire : comme le langage, elle devra pour se former, s’épanouir, être éveillée, intensifiée, développée par les échanges avec les autres. C’est le besoin de se lier aux autres, de s’identifier (l’empathie); c’est la capacité de reconnaître l’autre et d’apprécier sa reconnaissance, de le traiter en sujet, non en objet. Le sentiment de communauté constitue une synthèse égoïsme-altruisme car ce que le sujet fait pour lui il le fait aussi pour la communauté puisqu’il en fait partie, ce qu’il fait pour la communauté il le fait aussi pour lui puisqu’il lui appartient. Dans la perspective évolutionniste, humaniste, et scientifique qui est celle d’A. Adler le concept de sentiment de communauté donne le sens de la vie et peut être considéré comme la 5ème dimension dans le système de relation être humain-cosmos. Interactions Sentiment d’infériorité-Sens de la communauté Protestation virile Pour A. Adler, le développement du sentiment de communauté conditionne le niveau du sentiment d’infériorité : - Le développement normal du sentiment de communauté encourage le sujet à aller de l’avant et diminue son sentiment d’infériorité; il facilite ainsi l’épanouissement de ses diverses qualités : intelligence, mémoire, goût de l’effort, courage... Cette compensation réussie permet, notamment à l’adolescence, de trouver une solution convenable aux trois tâches que la vie impose à tout être humain : la profession, la sexualité, l’amitié et les relations sociales. L’agressivité qui nous vient de notre vieux cerveau (archéopsyché) est d’autant moins forte que le sentiment de communauté est élevé, en s’associant à ce dernier (issu de notre nouveau cerveau, néocortex) elle donne l’élan, le tonus pour aller dans le sens utile de la vie. La personne cherche alors à s’imposer par ses compétences. Elle s’attaque à des problèmes ; par exemple, plutôt que de de devenir criminel ou candidat au suicide, le chirurgien, le boucher savent mettre une forte agressivité initiale au service de leurs semblables, les enseignants combattent l’ignorance...L’affirmation de soi par les talents remplace la volonté de puissance. (A. Adler, 1908, La pulsion d’agression dans la vie et dans la névrose) Dans certains cas exceptionnels la surcompensation du sentiment d’infériorité par le sentiment de communauté aboutit au génie. - Par contre le blocage du développement du sentiment de communauté augmente le sentiment d’infériorité qui peut se transformer en complexe d’infériorité ou en complexe de supériorité : Complexe d’infériorité. Par manque d’un développement suffisant du sentiment de communauté le sujet peut se sentir isolé, perdre sa confiance en lui-même, devenir le siège d’hésitations, de doutes, de craintes faisant apparaître des menaces, des dangers là où il n’y en a pas, d’angoisses rendant tous projets irréalisables... Ce sont des symptômes du complexe d’infériorité. Ainsi, les manifestations névrotiques de ce complexe vont des formes graves, suicide, drogue, où l’agressivité se retourne contre la personne... à des formes plus bénignes, migraines, impuissance, fatigues, ou psychosomatiques, maux de dos, éruptions cutanées... Elles apparaissent toujours face à la confrontation du sujet à l’une ou à plusieurs des trois difficultés essentielles de la vie. Dans notre civilisation où l’homme affirme indûment sa supériorité sur la femme, celle-ci peut reculer devant certaines tâches qui lui sont attribuées par une soumission inappropriée cachant sa révolte par un refus de ce rôle, frigidité, vaginisme...C’est une des expressions de ce qu’A. Adler appelle la protestation virile. Complexe de supériorité. Il masque un complexe d’infériorité sous-jacent. Il se révèle (A. Adler, 1933, Sens de la vie) par des prétentions exagérées, des vantardises, des fanfaronnades, le mépris des autres, le besoin de fréquenter des personnes haut placées, de commander des faibles... Par manque de sentiment de communauté le sujet cherche la compensation de son sentiment d’infériorité en développant son agressivité pour dominer les autres, il s’attaque à des personnes. La volonté de puissance peut le conduire à la délinquance, à la criminalité ; la forme la plus grave se trouve dans la paranoïa, le sujet se croit persécuté, plein de bonnes intentions mais on méconnaît sa valeur. Dans cette voie, certaines femmes peuvent adopter une attitude masculine, celle de la contestation systématique, de l’affrontement avec l’autre sexe, pour remédier à l’infériorisation qui leur est faite. Ce type de protestation virile se trouve aussi chez l’homme : certains doutent de leur "virilité" qu’ils assimilent à tort à une supériorité de tous les instants sur tous et d’abord sur la femme; ils accentuent leur agressivité, leur grossièreté, leur brutalité, leur besoin de s’imposer par la force. Notre époque les désigne par les termes de "machos", de "phallocrates". Pour A. Adler la vie amoureuse est une tâche pour deux personnes , agréable à assumer si chaque partenaire est prêt à assumer le bonheur de l’autre. Mais la croyance dans l’infériorité féminine, la recherche de la domination de l’autre, la crainte de l’abandon au partenaire, conduisent souvent à des troubles psychiques, psycho-somatiques, de la sexualité, et parfois à l’échec complet du couple. Les interactions, décrites brièvement ci-dessus, entre sentiment d’infériorité et sentiment de communauté débouchent sur des techniques concrètes de psychopédagogie pour prévenir et former et de psychothérapie pour "guérir".
Schéma synoptique de la Formation de la personnalité résumé par Lionel Nadaud
Le schéma ci-dessus, trop rationnel, ne constitue qu'un support pour montrer les interactions entre les différents facteurs et les processus en jeu et, par la suite, la complexité mais aussi la cohérence de la Psychologie Individuelle et Comparée.Toute interprétation moralisante serait un contre-sens risquant de mener au totalitarisme ; En effet, le manque de développement du sentiment social reste inconscient et doit toujours être considéré comme une erreur et non comme une faute. Des approfondissements par des lectures complémentaires, cliniques, fantasmatiques, affectivo-émotionnelle, systémique... sont indispensables pour cerner l'essentiel de la théorie et de la pratique de la Psychologie Adlérienne. Pour Alfred Adler une éducation bien conduite doit développer chez l’enfant le sens de la communauté afin de lui permettre d’épanouir ses facultés et de prendre suffisamment confiance en soi pour surmonter, seul, ses difficultés. Pour cela, Adler attribue 2 rôles à la mère : 1°) Avoir des échanges chaleureux avec le bébé dans la relation duelle, par exemple lors de la tétée ou de la prise du biberon, qui constitue la première activité coopérative, lors des soins journaliers... Les effets catastrophiques de la carence de ces premiers rapports ont été redécouverts et admis, en cette fin de siècle, par la plupart des courants psychologiques. 2°) Amener l’enfant à établir des relations amicales avec le père, les autres membres de la fratrie, de la famille, l’inciter à se faire des amis. Ce 2ème rôle n’est pas encore compris : s’il est admis par tous que le devenir des enfants maltraités, délaissés ou handicapés est compromis et que leur éducation mérite une attention particulière, il n’en est pas de même pour les enfants gâtés. Le "tout laisser faire" est encore prôné, il va à l’encontre d’une prévention efficace (http://www.imaginet.fr/carnet-psy/forums.html). En effet l’enfant gâté n’a pas l’occasion de développer son sentiment de communauté, son aptitude à la coopération et à l’amitié. Il n’est pas préparé à sortir du cercle familial où tout lui est dû. A l’adolescence face aux problèmes qui s’imposent à lui, il risque de se "réfugier" dans la névrose, la maladie mentale, la délinquance ou la drogue. Comme la mère, le père, doit établir avec l’enfant des relations interpersonnelles conviviales et fécondes, se rendre disponible, porter son attention sur les succès sans insister outre mesure sur les échecs, donner l’exemple de la collaboration, abandonner la position ancestrale du "pater familias" tout-puissant, qui ne peut conduire qu’à une opposition, franche ou cachée, favorisant le développement de la volonté de puissance, de la vanité, au détriment de celui du sens de la communauté. Contrairement à l’opinion commune, les enfants d’une même fratrie ne peuvent recevoir la même éducation car leur position leur est propre. L’aîné est fils unique jusqu’à l’arrivée du cadet, il peut se sentir "détrôné" à l’arrivée de ce dernier, le cadet est "coincé" entre l’aîné et le benjamin. Le benjamin est plus faible que ses aînés. Il est souvent plus gâté. Les garçons sont encore le plus souvent préférés aux filles. Des alliances, réelles ou ressenties comme telles, peuvent se nouer. Elles sont néfastes pour une ambiance familiale amicale et optimiste où chacun peut se sentir à l’aise et en sécurité. Les principes d’une éducation qui permettrait une prévention efficace peuvent être facilement formulés : ce sont, en résumé, la fermeté et la bienveillance, s’appuyant sur l’encouragement. L’éducation familiale accentue trop souvent la compétition, le besoin de posséder le pouvoir non par l’effort et les compétences, mais par la force ou des moyens détournés, comme si la domination était un dû. Dès 1904 avec "Le médecin comme éducateur", Adler s’attaque au problème de l’éducation, crucial pour le devenir de l’individu et de l’humanité. Entre 1910 et 1914 il publie une série d’articles sur le sujet; en 1912, c’est "L’éducation des parents". Devant la difficulté de toucher ces derniers, et, compte tenu du fait que ce sont ceux qui ont le plus besoin d’aide qui n’en demandent pas, Adler affirme que l’école, qui concerne tous les enfants, peut apporter les corrections nécessaires. Il crée des consultations où parents et instituteurs peuvent présenter des sujets caractériels et s’initier à leur traitement. Il aborde le thème de l’éducation dans "Pratique et théorie de la psychologie individuelle et comparée,1918", "Connaissance de l’Homme,1927", "Le sens de la vie,1933", et consacre des ouvrages entiers à l’éducation scolaire, "L’enfant difficile,1929", "Ecole et Psychologie Individuelle,1929", "L’éducation des enfants,1930". Le psychopédagogue, Oskar Spiel (1892-1961), fondera toute une technique psychopédagogique sur les bases de la psychologie adlérienne. Il fait de l’école, une communauté de travail, une collectivité où se pratique la discussion libre dans une sorte de psychopédagogie de groupe, une collectivité vécue, une collectivité d’administration, une collectivité explicative où le groupe "sain" de la classe aide le maître à corriger les erreurs de comportement, une communauté d’entraide. Il illustre son travail par des exemples détaillés de "traitements d’enfants difficiles". Son oeuvre a eu un énorme succès tant à Vienne qu’à l’étranger et a été reprise et développée en France par Bernard Paulmier. De Montaigne à Freinet les méthodes actives sont très proches de la psychopédagogie adlérienne, il leur manque la prise en compte du style de vie inconscient qui dirige la conduite de l’enfant. C’est pour cela que le Docteur Herbert Schaffer souhaitait (1968) que les instituteurs soient formés pour être des agents d’instruction certes, des agents d’éducation également, mais aussi des agents de prophylaxie mentale grâce à leur connaissance des découvertes de la psychologie des profondeurs, notamment de la psychologie individuelle et de ses techniques. Grâce à sa formation psychopédagogique l’instituteur peut alors accomplir un véritable travail de prévention, venir en aide aux enfants en détresse psychique, à ceux qui ont des difficultés à s’adapter aux exigences de la communauté scolaire. Les cas les plus complexes étant confiés au psychologue, au médecin, au psychothérapeute. Psychothérapie adlérienne des névroses
Dans "Pratique et théorie de la Psychologie Individuelle comparée" A. Adler distingue 12 caractéristiques particulières à la névrose, cette maladie mentale fréquente qui a des répercussions sociales graves. Les troubles névrotiques se manifestent (Le sens de la vie) par de l’irritabilité, de la méfiance de la timidité et surtout une hypersensibilité, expression du complexe d’infériorité, l’impatience étant le trait de caractère majeur.
Pour Adler, l’éclosion de la névrose ne se produit jamais dans des circonstances favorables mais face à un problème social, le facteur déclenchant correspond à l’un au moins des trois problème de la vie, profession, relations amicales, sexualité. Là ou un sujet bien préparé socialement subit un ébranlement psychique mais trouve un chemin utile d’adaptation ou d’acceptation, celui dont le sentiment de communauté n’est pas à la hauteur bat en retraite, c’est le problème de la distance, le célèbre "oui... mais", par exemple : "oui, je voudrais bien aller travailler, mais j’ai des syncopes quand je voyage". Ainsi, de façon presque artistique, le sujet interpose, inconsciemment, entre le problème extérieur devant lequel, sans s’en rendre compte, il recule, cette création qui est sa névrose. C’est une manifestation psychopathologique sans substrat organique. La cause du trouble névrotique ne réside pas dans un conflit conscient-inconscient mais dans un but d’adaptation erroné. "La guérison ne peut se réaliser qu’en faisant appel à l’intelligence, en rendant le malade conscient de son erreur et en développant son sentiment de communauté" ("Le sens de la vie"). La Psychologie individuelle et comparée est une science et comme toute science, il est possible d’en mésuser. Jeter, maladroitement, à la figure d’un sujet, lui montrer, son manque de sens de la communauté, son égocentrisme, c’est augmenter son complexe d’infériorité, où exciter son complexe de supériorité, c’est diminuer ses possibilités de collaboration en intensifiant, à juste titre, sa résistance, c’est accroître ses mécanismes de défense, lui barrer le chemin de la guérison et par suite nuire à la diffusion de la psychologie adlérienne. Alors, face à un sujet en difficulté la thérapie va consister à lui faire comprendre, qu’il est surtout axé sur lui-même, à lui faire trouver la relation entre le facteur déclenchant et l’apparition de ses troubles, mais cela sans le lui dire, en respectant, très strictement, la devise qui doit être celle de tout psychologue : "D’abord ne pas nuire". Par suite, il est clair que la thérapie adlérienne est alors un art que chaque thérapeute doit exercer, avec sa propre sensibilité, sa propre aperception tendancieuse et ses propres forces certes, mais dans le plus grand respect du patient. C’est à chacun de développer son savoir faire. Adler décrit de très nombreux cas cliniques et leur traitement mais ne peut donner de recettes toutes faites. Il en est de même de son disciple et continuateur, le docteur Herbert Schaffer célèbre pour sa compétence et l’efficacité de ses thérapies et à qui l’on doit la plus grande partie des traductions en français d’ouvrages d’A.Adler. Son livre "La Psychologie d’Adler"(1976) constitue la référence pour les psychopédagogues, les psychothérapeutes français, voire étrangers. Dans ce livre ainsi que dans "Herbert Schaffer disciple et continuateur d’Alfred Adler", (1973) l’auteur décrit, en donnant des détails précieux, le principe du déroulement d’une cure. Cette dernière comporte schématiquement 5 phases résumées ci-dessous : -1ère phase. C’est la prise de contact. Elle est très importante. Il est demandé au sujet d’exposer ses motifs de consultation (obsession, phobies, angoisses, difficultés relationnelles sexuelles, autres...). Le thérapeute se doit d’établir un rapport compréhensif, bienveillant, amorçant la collaboration, dans un entretien en face à face qui n’infériorise pas le patient (sauf demande expresse de la personne); Adler conseillait de renoncer à toute attitude autoritaire et de faire comprendre au sujet que la guérison dépendait de lui. -2ème phase. C’est la décharge. Le sujet est extrêmement découragé, ne voit pas de solution à ses difficultés, recule devant toutes celles qu’il envisage ou que son entourage lui propose. Le thérapeute adlérien va chercher à l’aider à déposer ce fardeau , à prendre conscience de son sentiment d’infériorité trop exagéré en mettant l’accent sur ce qu’il fait de positif, en l’encourageant. Adler racontait, par exemple, à ses patients cette fable d’Esope : 2 souris tombent dans un profond pot de crème, elles ne peuvent atteindre le bord en sautant. L’une se désespére arrête d’essayer de sauter et de nager et se noie, l’autre se débat, nage, saute, avec vigueur. Elle fait si bien qu’à l’issue de ce barattage, la crème se transforme en beurre et que du haut de la motte de beurre, elle peut faire le dernier saut libérateur qui lui sauve la vie. -3ème phase. C’est la compréhension par le sujet de son style de vie. Le sujet ne fait pas le rapport entre ses symptômes, insomnies, crises d’angoisse, phobies... et ses difficultés extérieures, le thérapeute aura à lui faire découvrir, sans le lui dire, avec "beaucoup de tact, énormément de tact, de prudence, pourquoi il est en conflit perpétuel avec son monde environnant" Pour ce faire, il aborde avec la personne ses premiers souvenirs d’enfance, l’ambiance familiale, les drames de la personnalité naissante, en l’écoutant, en cherchant à "entendre avec ses oreilles, à voir avec ses yeux". à déterminer comment, à la suite de quel évènement, de quelle erreur, le développement du sens de la communauté s’est bloqué. Il demande au sujet de raconter ses rêves et les lui fait examiner en fonction de leur contenu (latent et manifeste), de leur tonalité affective, de la direction qu’ils expriment, de leur prise de position en face d’un problème donné. C’est, en général, au cours de cette phase qu’apparaît le phénomène de la résistance : le sujet s’oppose de façon incomprise, inconsciente à l’analyse des éléments refoulés qui cachent des attitudes asociales, ses faiblesses, diminuent sa "grandeur", son sentiment de personnalité. Par exemple, il oublie la date, ou l’heure du rendez-vous, oublie de descendre à la station de métro et se retrouve au terminus, n’a plus d’idées, plus de souvenirs, ne rêve plus...Il dit avoir tout compris mais c’est inefficace...Adler citait un proverbe anglais : "on peut amener un cheval à l’eau, on ne peut le forcer à boire". Voici le rêve d’un patient : il est enfant, tout petit, il se réveille et voit assise à son chevet une vieille femme, une sorte de méchante sorcière qui l’observe, il a peur. On reconnaît manifestement la situation de faiblesse dans laquelle se croit le patient, le complexe d’infériorité. Le thérapeute lui demande qui est la dame. Le sujet cherche mais ne trouve pas. L’analysant, qui a très bien compris dès le début, insiste mais n’interprète pas ; après plusieurs sollicitations et de longs silences, le patient réalise. Il dit : la sorcière c’est vous, le fait qu’elle m’observe c’est l’analyse, c’est dangereux, je suis très mal dans cette situation. Il ajoute troublé : " je ne comprends pas je vous estime beaucoup et je vous transforme en sorcière". Le thérapeute en profite pour lui expliquer, amicalement, le phénomène de la résistance, ce qu’est la volonté de domination qui peut s’exprimer par la dépréciation des autres, la protestation virile (non seulement il est vieilli mais il est transformé en femme). Devant son effarement et sa confusion , il le déculpabilise en lui disant, avec le sourire, que la volonté de puissance joue parfois des tours même aux thérapeutes chevronnés; mais que l’on peut s’apprendre à les déjouer... Peu à peu, le sujet prend conscience de son complexe d’infériorité, des erreurs de son style de vie, de son attitude asociale et se montre prêt (dans les faits) à réviser sa position face aux autres et face aux exigences de la vie en commun. Plus que la disparition des symptômes, c’est ce changement de but du style de vie, sa transfinalisation, qui est important pour une solide "guérison". Il transforme le sentiment de communauté, jusque là notion intellectuelle, en acte concret. - 4ème phase. C’est la charge. Le sujet change peu à peu d’attitude, prend confiance en lui ; il commence à chercher à réaliser ce qu’il ne se croyait pas capable de faire par suite de son complexe d’infériorité et de son sens de la communauté insuffisamment développé; La charge va consister à l’accompagner, à l’encourager, à l’inciter à obtenir des réalisations sociales et cela de façon de plus en plus autonome. -5ème phase. Lorsque le sujet a bien assimilé ses propres mécanismes névrotiques, qu’il a réussi à passer outre, à donner à son style de vie une finalité mieux en accord avec le sens de la vie en développant son sens de la communauté, il va pouvoir se diriger vers une autonomie où il assumera, seul, ses problèmes et continuera, seul, à développer son sens de la communauté, (dans les cas difficiles il pourra toujours venir en discuter avec son thérapeute). Autres lectures possibles d’Alfred Adler Diverses lectures complémentaires d’Alfred Adler sont possibles, (Georges Mormin et Régis Viguier, "Adler et l’Adlérisme", Que sais-je, P.U.F., La théorie analytique adlérienne, Masson - Lionel Nadaud, "Des sources au rejaillissement actuel de la psychologie individuelle", Erès, Toulouse); - Bulletins SFPA et Bibliographie générale), entre autres, par exemple : - Une lecture phylogénétique, philosophique et métaphysique, elle se trouve dans la description de l’évolution, de l’apparition et de la disparition des espèces jusqu’à l’être humain.Dans la notion de finalité causale appliquée au comportement humain, à la place de la vision causale strictement causale déterministe. Dans la liaison, religion et psychologie individuelle ( Adler et Jahn, "Religion et psychologie individuelle comparée", 1933). Dans l’idée de liaison : Etre humain-cosmos. Dans le "Comme si" d’une société idéale. ... etc... - Une lecture anthropologique. Le passage des primates aux êtres humains s’est effectué alors que des changements climatiques avaient changé, transformé la forêt "jardin d’Eden" en savane. Il y a ceux qui ont pu rester dans les arbres, on sait ce qu’ils sont devenus. Ceux qui trop solitaires ou trop agressifs n’ont pas su s’unir et ont disparu, enfin nos ancêtres qui ont su s’adapter, de diverses façons complémentaires, certes, mais l’une est essentielle : c’est le développement de leur sentiment de communauté qui leur a permis de compenser leur infériorité par l’union pour affronter avec succès les prédateurs tels que les félins bien mieux armés qu’eux pour vivre dans la savane.(Lionel Nadaud, "Des sources au rejaillissement actuel de la psychologie individuelle"). - Une lecture fantasmatique. Elle peut être faite à partir des très nombreux cas cliniques exposés par Alfred Adler. - Une lecture affectivo-émotionnelle, elle s’appuie sur des sentiments évoqués dans des rêves, des souvenirs d’enfance, des anectodes, des faits historiques des mots d’esprit employés par Adler dans ses thérapies ou entretiens psychopédagogiques. Le Dr Herbert Schaffer rapporte notamment de nombreuses métaphores employées par Adler pour aider à certaines prises de conscience dans la bonne humeur (dans "Herbert Schaffer disciple et continuateur d’Alfred Adler", une partie de ce texte a été publiée dans "Alfred Adler as we remember him", North american Society of Adlerian Psychology, 1977). Par exemple, devant un sujet toujours hésitant, Adler citait la formule de césar franchissant le Rubicon "Alea jacta est", le sort en est jeté. Il voulait ainsi lui faire comprendre (mais ne lui disait pas) qu’il fallait en finir avec ses hésitations car "tant que quelqu’un hésite, il ne se passe rien". La façon trop égocentrique pouvait être évoquée ainsi : "Un médecin confie pour la nuit un malade grave à une infirmière et lui donne les instructions nécessaires. Le lendemain il lui demande , "Alors Madame?" et l’infirmière de répondre : "Mon Dieu, quelle nuit j’ai eu, j’ai été dérangée constamment"sans aucune évocation des souffrances et de l’insomnie de la malade... C’est à chaque psychopédagogue, psychologue, thérapeute adlérien de savoir toucher le coté affectif, émotionnel, l’inconscient, l’incompris du sujet en évitant le rationnel abrupt et blessant. - Une lecture systémique. L’être humain est situé dans un système communautaire composé de sous-systèmes de plus en plus nombreux à mesure que le sujet avance en âge, à condition de ne pas rester figé à un certain stade. C’est d’abord le système mère-enfant qui s’étend au système enfant -père, puis, lorsque l’enfant grandit, à la fratrie, à la famille, au maître ou à la maîtresse, à l’école, éventuellement au médecin, au psychologue; en France, à l’environnement local, communal, cantonal, départemental, national ; à l’environnement professionnel; à l’humanité; au cosmos. Chaque sous-système est en interaction avec les autres un peu comme les cellules de notre corps participent à la survie du corps entier qui lui-même permet la survie de la cellule. Tout blocage du sentiment de communauté dans une appartenance trop exclusive risque d’arrêter l’épanouissement de la personne, voire d’être mortifère. Pour comprendre le "fonctionnement" de l’être humain, il est indispensable de tenir compte des interactions individu-milieu, et dans ce domaine l’apport des systémistes de l’école de Palo Alto est précieux. Adler pratiquait déjà les thérapies familiales mais tenait compte en plus du style de vie. Paradoxalement, avec le concept de "boîte noire", les systémistes ne sont pas assez systémistes. (Lionel Nadaud, "Des sources au rejaillissement actuel de la psychologie individuelle", Erès, Toulouse). - Une lecture psycho-somatique, Herbert Schaffer, 1973 et 1976 -... etc... |